Allégations environnementales interdites en mode depuis 2026
Depuis le 27 septembre 2026, la Directive UE 2024/825 interdit en France treize mots-clés pour qualifier un textile ou un accessoire de mode, sauf preuve substantielle vérifiable.
Points à retenir
- La Directive 2024/825, dite « Directive pour l'autonomisation des consommateurs » ou EmpCo, a été transposée en droit français le 27 septembre 2026.
- La Directive 2024/825 liste treize mots-clés bannis, à moins que chacun soit accompagné d'une preuve substantielle vérifiable stockée et disponible sur le même support que la claim.
- La raison est simple : un crédit carbone acheté pour compenser une émission ne soustrait pas l'émission que vous avez produite.
- Règle d'or : la preuve doit figurer sur le MÊME SUPPORT que la claim.
Depuis le 27 septembre 2026, la Directive UE 2024/825 interdit en France treize mots-clés pour qualifier un textile ou un accessoire de mode, sauf preuve substantielle vérifiable. Une interdiction qui s’élargit : elle vise les producteurs, les vendeurs, les créateurs indépendants, les merceries, et même les éditeurs qui en font la promotion. Cet article synthétise les règles en vigueur et les cas particuliers du secteur textile.
Cadre légal : la Directive 2024/825 en France
La Directive 2024/825, dite « Directive pour l’autonomisation des consommateurs » ou EmpCo, a été transposée en droit français le 27 septembre 2026. Elle redéfinit strictement ce qu’on appelle une « allégation environnementale » — toute affirmation, indication ou communication, écrite ou visuelle, qui suggère ou implique qu’un produit ou une entreprise a un impact environnemental positif, réduit ou nul.
Cette transposition change le jeu pour tous les acteurs du textile. Avant, une affirmation comme « écologique » ou « bon pour la planète » pouvait figurer sur une étiquette sans justification. Depuis le 27 septembre 2026, c’est interdit, sauf si vous disposez d’une preuve substantielle datée et documentée. Le même texte doit apparaître sur le même support que la preuve — jamais un renvoi à des mentions légales ou un QR code qui externalise la responsabilité.
Qui est visé ? Toute entreprise qui vend du textile en France ou dans l’UE : grande maison, PME, créateur indépendant, vendeur sur plateforme e-commerce, marque de vêtements, accessoiriste, mercerie. Qui contrôle ? La DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), les autorités régionales, les douanes et les associations de consommateurs qui ont droit d’action. Le secteur textile compte parmi les priorités de surveillance en 2026-2027.
Les 13 termes environnementaux interdits sans preuve
La Directive 2024/825 liste treize mots-clés bannis, à moins que chacun soit accompagné d’une preuve substantielle vérifiable stockée et disponible sur le même support que la claim. Voici la liste exhaustive, avec ses applications concrètes en textile.
- « Écologique » — suppose une conformité à des normes environnementales qui doivent être nommées et prouvées. Jamais utilisable sans certification indépendante datée.
- « Éco-responsable » — terme flou qui prétend à une responsabilité générale. Interdit sans déclaration précise d’impact mesurable et prouvé.
- « Vert » — qualificatif strictement interdit. Remplacer par un élément factuel : « 100 % coton issu de culture biologique certifiée ».
- « Ami de la nature » — formulation marketing interdite. Aucun textile n’est « ami de quelque chose ».
- « Respectueux de la planète » — interdit sans mesure d’impact documentée.
- « Bon pour l’environnement » — interdit de façon absolue.
- « Bon pour le climat » — interdit de façon absolue.
- « Bon pour la planète » — interdit de façon absolue.
- « Préserve l’environnement » — suppose une preuve d’impact positif mesurable et documentée.
- « Protège le climat » — interdit même si la marque affirme réduire ses émissions.
- « Naturel » — piège majeur. Un matériau issu de fibre naturelle (coton, lin) n’est pas ipso facto « naturel » s’il a subi des teintures chimiques. Jamais seul ; doit être accompagné de spécifications : « 100 % lin non teint ».
- « Biodégradable » — interdit sauf si preuve labo datée, conditions de biodégradation précisées. Ex. : « Biodégradable en compost industriel selon [norme gouvernementale ou test documenté] » = autorisé si preuve attestée. Jamais sur du polyester ou synthétique.
- « Biocompatible » — terme peu utilisé en textile, mais interdit sans certificat de biocompatibilité émis par un tiers indépendant.
Piège courant : utiliser ces termes au NÉGATIF. Dire « sans matière écologique » est interdit aussi, car cela sous-entend implicitement qu’une matière écologique existe et que vous ne l’utilisez pas. L’absence n’est jamais une claim. En revanche, dire « 100 % coton » est autorisé (c’est factuel) ; dire « coton écologique » est interdit (c’est une évaluation sans preuve).
Neutralité carbone, crédits carbone et offsets : interdiction absolue
Voici la règle qui rejette la majorité des marques mode actuelles : vous ne pouvez pas revendiquer une neutralité carbone, une réduction nette ou un impact climatique positif en achetant des crédits carbone en dehors de votre chaîne de valeur.
La raison est simple
Un crédit carbone acheté pour compenser une émission ne soustrait pas l’émission que vous avez produite. Il finance un projet parallèle (reforestation, énergie renouvelable, réduction dans un autre secteur). C’est une contribution environnementale ; ce n’est pas une preuve que votre produit est neutre.
Claims bloqués
« neutre en carbone », « climatiquement neutre », « certifié neutre en CO2 », « net-zéro », « carbon-positive » (avec offsets). Ces formulations restent interdites même si vous avez acheté des crédits certifiés, même si un tiers a validé l’achat. La directive les juge trompeurs par essence.
Exception très rare
Si vous avez réduit réellement votre empreinte carbone dans votre chaîne directe (matières premières, transport, teinture, confection, livraison), vous pouvez annoncer « nous avons réduit notre empreinte carbone entre 2023 et 2026 ». Cela suppose une méthodologie documentée, une vérification tierce et une preuve datée sur le même support.
Pour le textile spécifiquement
Un fournisseur qui vous livre du coton issu d’une culture à faible impact hydrique ne vous autorise PAS à revendiquer une neutralité carbone globale. C’est un progrès partiel, documentable, mais pas un passe-partout de communication.
Où et comment prouver vos allégations
Règle d’or : la preuve doit figurer sur le MÊME SUPPORT que la claim.
Si vous affichez « 100 % coton biologique certifié » sur l’étiquette physique du vêtement, la certification doit aussi apparaître sur l’étiquette (nom du label, date de validité, organisme certificateur). Jamais un QR code qui renvoie à une page web. Jamais une mention légales « voir nos conditions ».
Si vous publiez « matière certifiée » sur la page web de votre produit, la preuve (lien vers le cahier des charges de la certification, fiche du test labo, certificat d’audit) doit figurer sur cette même page. Pas page suivante. Pas lors du paiement.
Niveaux de preuve acceptés :
- Certification indépendante. Label émis par un organisme tiers accrédité. Condition : l’organisme doit être indépendant ou établi par un gouvernement.
- Test de laboratoire. Résultats d’analyse menée par un laboratoire accrédité, datés, portant sur la propriété revendiquée (ex. taux de résidu chimique, conductivité thermique).
- Auto-déclaration documentée. Vous mesurez vous-même l’impact à l’aide d’une méthodologie datée et retrouvable. Moins persuasive qu’une certification tierce, mais acceptable si la traçabilité est irréprochable.
Certifications et labels : conditions d’utilisation
Un label peut être affiché si et seulement si il remplit trois critères.
Critère 1
Le label doit être émis par un organisme indépendant (certificateur accrédité) ou par une agence gouvernementale. En textile, les labels émis par des certificateurs tiers accrédités ou des organismes publics sont autorisés. Vous ne pouvez pas créer votre propre label interne (« certifié par nos soins ») et le revendiquer.
Critère 2
Le certificat ne doit pas être expiré. Sur le support (étiquette web ou physique), précisez la date limite de validité.
Critère 3
Le lecteur doit pouvoir accéder facilement au cahier des charges du label — les critères qu’il impose. Une simple mention du nom du label n’est pas suffisante si le cahier reste inaccessible.
Labels INTERDITS
Tout label basé uniquement sur l’achat de crédits carbone. Labels autoproclamés (« certifié écolo par nous ») sans accréditation tierce. Labels fantômes (noms invoqués sans preuve d’existence).
Cas particuliers du textile, de la composition et de l’emballage
Composition fibrée
Vous pouvez écrire « 100 % coton », « polyester mélangé coton ». C’est factuel. Vous ne pouvez pas écrire « coton écologique » ou « lin durable » sans label ou preuve. Si le coton est issu d’agriculture biologique certifiée, écrivez « 100 % coton biologique certifié GOTS ».
Processus de teinture
« Teint sans produits toxiques » est interdit sans spécifier quels produits et avec quel test de validation. « Teint selon [norme ou certification] » est autorisé si cette norme existe et si vous en apportez la preuve. Dire « nous utilisons des colorants végétaux » suppose une preuve que ces colorants remplissent un cahier des charges environnemental — formulation dangereuse.
Fin de vie et recyclabilité
« Biodégradable » est interdit sauf test labo. « Recyclable » (en tant que propriété générale) est interdit ; autorisé si vous donnez le mode d’accès au recyclage (« Recyclable via [programme officiel] »). « Composé de fibres recyclées » est autorisé si le pourcentage de matière recyclée est documenté et prouvé.
Emballage
Mêmes règles. « Papier écologique » est interdit. « 100 % carton réutilisable » est autorisé si vous avez testé ou validé la réutilisabilité. « Papier issu de forêts gérées durablement certifiées FSC » est autorisé.
Contrôles, amendes et secteur prioritaire
La DGCCRF a annoncé le textile comme secteur prioritaire de contrôle en 2026-2027. Les vérifications combinent trois méthodes : monitoring web des claims affichées, audit de terrain en boutique et e-commerce, analyse labo des matières.
Si vous êtes en violation (claim interdite sans preuve, label bidon, confusion de mots), l’amende administrative peut atteindre jusqu’à 10 % de votre chiffre d’affaires annuel en cas de violation intentionnelle ou répétée. Au-delà de l’amende, l’autorité exige la correction immédiate et la publication d’un démenti si le mensonge a circulé.
Associations de consommateurs et organisations environnementales ont aussi le droit de vous poursuivre en cas de pratique trompeuse. Le textile n’a pas le droit à l’erreur en 2026.
Checklist immédiate : avant le 27 septembre 2026
Si vous n’avez pas encore fait l’audit, commencez maintenant.
- Audit complet des claims. Listez chaque allégation sur votre site, vos fiches produit, vos étiquettes physiques, vos réseaux sociaux. Chaque phrase qui évoque l’environnement.
- Identifiez les 13 termes interdits. Utilisez-vous « écologique », « éco-responsable », « vert », « bon pour » ? Chacun doit être évalué.
- Pour chaque claim autorisé, écrivez la preuve. Conservez le certificat, le rapport labo, la documentation d’audit. Datez chaque document.
- Supprimez ou remplacez tous les claims non-substantiables. Si vous n’avez pas de preuve, supprimez le mot. Remplacez « écologique » par un fait : « 100 % coton biologique certifié ».
- Identifiez vos offsets carbone. Si vous avez acheté des crédits carbone pour compenser, arrêtez de vous en prévaloir. Supprimez toute mention de neutralité ou de net-zéro immédiatement.
- Vérifiez vos labels. Sont-ils indépendants ou gouvernementaux ? Sont-ils valides ? Publiez la date de fin de validité à côté du logo.
- Testez l’accessibilité de votre preuve. Sur la même page où figure la claim, la preuve doit être lisible. Pas derrière un login. Pas en PDF téléchargeable seul. Intégrée.
- Formation interne. Vos équipes marketing et logistique doivent connaître ces règles pour ne pas ré-inventer du greenwashing en cas de changement produit.
Cet audit n’est pas une option. C’est votre protection légale en 2026.
Nathalie Becq est juriste spécialisée en droit de la consommation et de la concurrence. Elle intervient auprès de PME du textile pour clarifier leurs obligations légales en matière de communication environnementale.
Cet article synthétise les exigences légales de la Directive 2024/825 au 5 octobre 2026. Pour un audit complet de vos allégations ou une validation juridique spécifique à votre marque, consulter un avocat spécialisé en droit de la consommation et concurrence.



